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Explication de texte, Gorgias, L'éloge d'Hélène

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Explication de texte, Gorgias, L'éloge d'Hélène

Message par Mr Palacio le Lun 7 Nov - 13:45

« Innombrables sont les gens qui, par d’innombrables magiciens, touchant d’innombrables sujets, ont été et sont persuadés par la fiction du discours mensonger. Car si tous les hommes possédaient le souvenir de toutes les choses passées, la connaissance de toutes les choses présentes et la connaissance anticipée de toutes les choses futures, (alors) le discours ne serait pas aussi puissant qu’il est. Mais, appliqué à des êtres qui ne peuvent, en fait, ni se rappeler le passé, ni voir le présent, ni deviner le futur, il est plein de ressources. C’est pourquoi, sur la plupart des sujets, la plupart des hommes offrent à l’âme l’opinion comme conseillère. Mais l’opinion, parce qu’elle est incertaine et débile, jette ceux qui en usent dans des fortunes incertaines et débiles.
(Ainsi) Il existe une identité de rapport entre la force du discours relativement à l’ordonnance de l’âme et l’ordonnance des drogues relativement à la nature des corps. Car, de même que certaines drogues éliminent du corps certaines humeurs, et d’autres drogues d’autres humeurs, et peuvent mettre fin soit à la douleur, soit à la vie, de même aussi, certains discours peuvent tantôt calmer, tantôt charmer, tantôt terroriser, tantôt plonger les auditeurs dans la hardiesse, tantôt droguer l’âme et l’ensorceler. »

Thème : comment expliquer que les hommes se laissent abuser et manipuler par un discours faux ?

Thèse : Parce que les hommes sont ignorants et qu’ils croient pourtant savoir, celui qui sait maîtriser les croyances peut influer sur l’aspect de la réalité. La croyance est une certitude subjective, un sentiment, et en ce sens peut être manipulée par celui qui maîtrise la technique permettant d’agir sur le sentiment.

Enjeu : Montrer les conséquences de l’usage rhétorique de la parole. La rhétorique dénoue le lien entre parole, vérité et réalité. Seule la philosophie comme savoir de notre ignorance peut nous empêcher de nous confier à une opinion facilement manipulable.

Plan :
I- (l. 1 à 7) : Comment expliquer que la plupart des hommes soient victimes du mensonge et de l’illusion ? L’ignorance naturelle des hommes les conduit à confondre ce qui est et ce qu’il croit savoir.
II- (l. 8 à 10) : Quelle est la conséquence de cette condition naturelle d’ignorance ? Les hommes veulent savoir. En l’absence d’un savoir véritable, d’une connaissance du réel, ils se confient à la croyance et suivent l’opinion qui n’est qu’une certitude subjective. Or, cette croyance qui ne laisse plus la place au doute conduit les hommes à errer une incertitude dont ils ne sont pas conscients.
III- (l. 11 à fin) : Il s’ensuit que celui qui sait diriger l’opinion peut orienter les hommes dans la direction qu’il souhaite. En soi, le discours n’est ni bon, ni mauvais, mais, utilisé comme un moyen d’agir sur le sentiment, il peut servir le bien comme le mal.


A- (l. 1 à 7) : Comment expliquer que la plupart des hommes soient victimes du mensonge et de l’illusion ? L’ignorance naturelle des hommes les conduit à confondre ce qui est et ce qu’il croit savoir.


Situation : le discours peut être instrument de tromperie. Comment l’expliquer ?
Emphase de la présentation : triple mention de l’innombrables qui signifie le général. La plupart des hommes sur la plupart des sujets sont trompés par la plupart. On peut donc en conclure qu’il s’agit d’une situation commune à l’humanité, condamnée de ce fait à prendre l’illusion pour le vrai.
Mais c’est en même temps, la situation commune de l’homme de tromper par le recours à la tromperie. Il n’y a pas en outre de sujet particulier où s’appliquerait davantage le mensonge. Tout peut être objet de tromperie sitôt que la chose dont il est question est articulée dans le discours.
Or le discours se traduit par logos, la raison, qui est censé permettre la connaissance de la vérité comme accord de la pensée et du réel. Là où la fiction prend la place du réel, alors la pensée qui se rapporte à cet irréel devient elle-même l’opposé d’une pensée vraie, elle est dans l’erreur.
Remarquons d’ailleurs que la quantification indéfinie laisse ouverte la possibilité qu’un petit nombre échappe à l’attraction de l’illusion.
Il faut donc rechercher la cause de l’illusion dont est victime le plus grand nombre.

Le terme de persuasion fait déjà signe vers une réponse. Se laissant persuader, l’homme ne suit pas la voie de la raison mais du sentiment et en ce sens cède devant l’influence de ceux qui savent orienter ce sentiment dans la direction qui leur plaît. Comment expliquer que la plus grande partie de l’humanité soit si sensible à la tromperie ?

Démonstration négative :
- Hypothèse : la vérité consiste dans l’accord entre la pensée et le réel. Si l’homme avait un savoir absolument universel, alors il possèderait la vérité au sujet de toutes choses. Le savoir délivre de l’incertitude et de l’ignorance
- Observation empirique : en fait, la connaissance est limitée. La finitude de l’homme s’exprime tout particulièrement dans son existence limitée par le temps. Tout connaître de ce qui est suppose de tout connaître du présent mais aussi, dans la mesure où l’homme vit dans le temps, du passé et de l’avenir. Il lui faudrait avoir une sagesse omnisciente dont sa connaissance limitée dans le temps et l’espace le prive.
- Conséquences : Pourtant l’homme aspire à savoir. L’ignorance de l’homme explique que son jugement s’appuie sur la croyance plutôt que sur le savoir. La croyance est un substitut à un savoir impossible.


B- (l. 8 à 10) : Quelle est la conséquence de cette condition naturelle d’ignorance ? Les hommes veulent savoir. En l’absence d’un savoir véritable, d’une connaissance du réel, ils se confient à la croyance et suivent l’opinion qui n’est qu’une certitude subjective. Or, cette croyance qui ne laisse plus la place au doute conduit les hommes à errer une incertitude dont ils ne sont pas conscients.


C’est sur l’opinion que s’appuient les hommes et non sur la raison. La raison est une connaissance véritable, démontrée et certaine. Mais dans la mesure où cette connaissance leur est impossible, les hommes, pour se cacher à eux-mêmes, leur ignorance, ont recours à l’apparence, à une opinion (doxa) qui donne l’impression de savoir. Croire que l’on sait donne la certitude subjective mais n’amène pas nécessairement à la vérité. Au contraire, croire savoir, et donc ne pas être conscience de son ignorance, est un obstacle au désir de savoir qui suppose le savoir de son non-savoir. Les hommes ne sont pas philosophes, sans quoi ils sauraient qu’ils ne savent pas et mettraient en suspens leur jugement, plutôt que de se livrer à la croyance.
Dans la mesure où les hommes prennent une croyance incertaine comme base de leur jugement, il s’ensuit que leur existence est elle-même soumise aux caprices du hasard.
On peut donc en conclure que celui qui sait maîtriser l’opinion contrôle la direction de l’esprit. Quelles sont, de ce point de vue, les capacités du discours s’adressant à l’opinion ?

C- (l. 11 à fin) : Il s’ensuit que celui qui sait diriger l’opinion peut orienter les hommes dans la direction qu’il souhaite. En soi, le discours n’est ni bon, ni mauvais, mais, utilisé comme un moyen d’agir sur le sentiment, il peut servir le bien comme le mal.



Il y a une analogie entre la rhétorique et la médecine.
Le discours peut être bon ou mauvais comme la potion peut être remède ou poison. L’effet positif ou négatif du remède dépend de la disposition de celui qui le reçoit, de l’effet recherché et de la maîtrise technique du médecin.
De même, le rhéteur sait adapter un effet recherché en fonction de son auditoire pour atteindre un certain résultat. Son point d’application n’est pas la raison, puisque celle-ci est commandée par le vrai, mais le sentiment qui s’attache à l’apparence et incline le jugement en un sens plutôt qu’en un autre.
Il faut donc en conclure que le lien entre parole, vérité et réel est remis en cause par l’impossibilité pour l’homme de connaître le vrai immédiatement. L’opinion qui prend la place de la vérité n’est pas guidée par le réel mais par la persuasion qui saurait lui faire apparaître la réalité sous un jour ou sous un autre. La rhétorique est ainsi une technique qui, en elle-même, n’est orientée ni vers le vrai, ni vers le faux. L’art d’influencer l’opinion peut chercher le bien comme le mal. Il n’y a pas d’orientation naturelle de l’esprit vers le vrai. La connaissance révèle un enjeu de pouvoir.

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Mr Palacio

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