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Hobbes, Léviathan

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Hobbes, Léviathan

Message par Mr Palacio le Ven 13 Mar - 14:45

Léviathan (1651)- Matière, forme et puissance de l’Etat civil et chrétien

Présentation

Deux buts de Hobbes :
- Donner un fondement scientifique à la philosophie morale et politique
- Contribuer à l’établissement de la paix civile
Rupture de Hobbes par rapport à la tradition // Machiavel
=} réalisme : Hobbes abaisse les critères de la vie politique en prenant pour but non point la perfection de l’homme mais sa nature concrète.
Hobbes déduit la loi naturelle non de la raison mais de la passion.
Premiers principes de toutes choses = corps, matière, mouvement
Philosophie politique = méthode analytique
=} psychologie mécaniste des passions
Objet des passions : varie avec la constitution et l’éducation de chaque homme
Bien et Mal = notions relatives
Théorie de l’état de nature =} question classique : l’homme est-il par nature social et politique =} réponse négative de Hobbes
Preuves de l’état de nature :
- Déduction à partir des passions humaines
- Guerres civiles
- Peuples d’Amérique

Problème : quelle serait la condition de l’humanité s’il n’y avait pas de société civile ?
- Egalité
- Conservation de soi
- Crainte de la mort violente
=} recherche des hommes = progrès continuel d’un désir à un autre

Léviathan. XI. « Je mets au premier rang, à titre d’inclination générale de toute l’humanité, un désir perpétuel et sans répit d’acquérir pouvoir après pouvoir, désir qui ne cesse qu’avec la mort. »

Nature humaine = gloire, orgueil, vanité
Donc trois grandes causes naturelles de conflit entre les hommes : rivalité, défiance, gloire.
=} impossibilité d’une civilisation
=} pas de juste ou d’injuste en l’état de nature car pas de loi
Donc la nature sépare les hommes.
Crainte de la mort, désir du bien-être, espoir de l’obtenir =} poussent les hommes à la paix
Raison = invente les moyens pour échapper à la crainte de la mort et répondre au désir du bien-être = lois de nature, lois morales, commandements de la raison
Lois de nature issues du droit de nature = libéralisme
1e LN : quitter cet état
2e LN : renoncer à son droit sur toutes choses
3E LN : loi de justice
Nécessité d’un souverain pour s’assurer que la terreur du châtiment est une plus grande force que l’attrait du profit à rompre la convention.
Union définie en termes juridiques = personne représentant la volonté de la multitude
Souverain = république
Deux parties du Contrat Social :
1) Convention de chaque membre du corps civile futur avec chacun des autres reconnaissant comme souverain l’homme ou l’assemblée sur laquelle la majorité s’accordera
2) Vote déterminant qui doit être le souverain
=} obéissance échangée contre la protection
Droit du souverain = droit de punir
=} pas de contrat souverain/sujets
=} droit de censure = matière religieuse
= pouvoir absolu

Léviathan : Livre de Job = Prince des orgueilleux =} seul le plus grand des pouvoirs terrestres peut gouverner l’orgueil de l’homme


Ch. 13. De la condition du genre humain à l’état de nature, concernant sa félicité et sa misère

Résumé : Ce chapitre entend nous décrire la condition naturelle des hommes, c’est-à-dire leur existence en dehors de tout pouvoir civil.
Le premier caractère qui permet alors de caractériser cet état de nature est celui de l’égalité des hommes au point de vue de la force et de l’intelligence. Cette égalité a pour conséquence une rivalité permanente dans l’espoir d’atteindre l’objet de son désir, dont le premier et le plus essentiel est la conservation de la vie.
Cette rivalité et la défiance que chacun entretient à l’égard des autres empêche toute vie sociale. La seule situation possible est celle d’une guerre de tous contre tous étant donné qu’aucune limite posée à la volonté et à l’action des individus n’existe.
Il ne faut cependant pas voir dans cet état une réalité historique. Il s’agit d’une déduction à partir de l’observation des passions humaines dont les deux principales sont l’égoïsme et la crainte.
Néanmoins, malgré sa violence, on ne peut parler de cet état naturel comme d’un état d’injustice dans la mesure où chacun est, dans cette situation, seul juge ce qui vaut comme bien ou comme mal pour lui-même.

§1. Du point de vue naturel, les hommes sont égaux en force comme en esprit.
§2. Cette égalité est plus affirmée encore du point de vue de l’esprit.
§3. De cette égalité des forces corporelles et spirituelles découle l’espérance égale de parvenir à nos fins. Il s’ensuit une rivalité dans l’espoir d’atteindre ce but qui consiste principalement en la conservation. Par conséquent existe toujours la possibilité de se voir dérober par d’autres le fruit des efforts que nous mettons à protéger nos vies.
§4. La conséquence de cette rivalité et de cette défiance est l’anticipation des maux que les autres pourraient m’infliger. Il s’ensuit que chacun a le droit pour conserver sa vie d’assujettir les autres. En outre, du fait de l’orgueil de certains, ceux qui se contenteraient modestement du nécessaire pour leur survie sont obligés de prévenir l’agression en prenant l’initiative de l’attaque.
§5. La vie sociale, du fait de cette égale défiance des uns envers les autres, est quasiment impossible. Chacun cherchant à faire reconnaître sa puissance, il s’ensuit une situation de conflit permanent.
§6. La nature humaine compte ainsi trois causes de conflit : la compétition pour l’acquisition du nécessaire à la conservation ; la défiance du fait de l’égalité de tous ; la gloire comme désir d’être reconnu par les autres.
§7. La compétition vise la recherche du profit, la défiance conduit à rechercher la sécurité, la gloire conduit à la lutte pour la réputation. Dans tous les cas, la violence est utilisée comme un moyen de parvenir à cette fin.
§8. Dans l’état de nature où n’existe pas de puissance publiquement reconnue et capable de faire taire les conflits, les hommes vivent dans un état de guerre perpétuel de tous contre tous.
§9. Dans cet état aucun développement de la civilisation n’est possible. L’existence se résume à la crainte permanente de la mort violente.
§10. Cet état de nature où règnent la violence et la crainte va à l’encontre de la représentation traditionnelle de l’homme comme d’un être naturellement sociable. Or, cet état de nature se déduit non seulement de l’analyse des passions humaines mais de l’expérience de chacun. En l’absence d’un pouvoir faisant valoir son droit, la défiance et la crainte sont les passions dominantes. Mais il n’y a pas à déplorer la méchanceté des hommes car l’injustice n’est possible que lorsqu’existe une loi à enfreindre. En l’absence d’une telle loi, chacun a le droit de tout faire pour sauvegarder sa vie.
§11. Même si cet état de nature n’est pas une réalité historique mais une fiction nous permettant de penser l’état pré-politique, l’observation de certains peuples sauvages nous donne l’exemple d’une telle situation de violence. Mais le meilleur exemple est la guerre civile où la puissance publique n’est plus reconnue et d’où découle le plus grand déchaînement de violence. Une dernière manifestation de cette rivalité naturelle peut être observé dans les relations entre Etats où n’existe pas de pouvoir commun tenant chacun en respect.
§12. Dans un tel état de nature on ne peut parler d’injustice ou de mal dans la mesure où n’existe pas la condition de la justice, c’est-à-dire un organe chargé d’énoncer des lois sur le licite et le défendu. Il s’ensuit aussi que la propriété ne peut exister. Seule existe la possession fondée sur la force.
§13. Néanmoins, certaines passions présentes en la nature humaine poussent les hommes à désirer quitter un tel état : la crainte de la mort violente, le désir du confort et l’espoir de se donner les moyens nécessaires à une existence plus agréable. La raison, qui naît de ces passions, fournit les moyens de quitter cet état.












Ch. 14. Des premières et secondes lois naturelles, et des contrats

Résumé : Les inconvénients de l’état de nature sont tels qu’il n’est pas possible de désirer y demeurer.
Le problème est alors de savoir par quels moyens les hommes parviennent à quitter cet état de guerre de tous contre tous. Dans cette recherche, la raison intervient comme la faculté d’énoncer des principes modérant et orientant le droit naturel dans le sens d’une pacification des rapports interindividuels.
La condition naturelle des hommes est celle d’un état de survie où chacun dispose du droit d’utiliser les moyens qu’il juge nécessaire à sa conservation. Le problème que ce droit naturel, absolu et illimité, pose est celui d’une contradiction entre la fin visée et le moyen d’atteindre cette fin. En effet, ce droit naturel menace la survie de tous car il conduit à la rivalité et à la défiance et entretient le climat d’hostilité caractéristique de cette condition naturelle.
Sous la pression de la crainte de la mort violente, un calcul de la raison se met en place qui doit permettre d’échapper à cette contradiction.
La loi naturelle apparaît alors comme un frein au droit naturel. Dans la mesure où le droit naturel conduit à la guerre contraire à la conservation, la loi naturelle prescrit la recherche de la paix, si nous avons espoir de l’obtenir, sans pour autant nous exposer à la violence des autres si ceux-ci ne souhaitent pas rechercher la paix.
La seconde loi naturelle doit nous indiquer les moyens de parvenir à la paix. Dans la mesure où les conséquences négatives de l’état de nature sont dues au caractère illimité du droit naturel, la seconde loi naturelle prescrit de limiter ce droit, c’est-à-dire d’accepter de ne plus l’exercer. Mais pour ne pas conduire à une situation d’inégalité où le plus modéré se verrait exposer à l’arbitraire d’un autre, cette seconde loi naturelle ne peut avoir d’effet que si tous limitent mutuellement leur droit. Cette limitation mutuelle implique un accord de chacun avec tous les autres. Une fois contracté, l’engagement à ne plus recourir à son droit naturel ne peut être annulé sans que soit commis une injustice.
Néanmoins l’abandon de ce droit, déclaré verbalement ne doit pas aller jusqu’à renoncer à protéger sa vie, entendu que ce renoncement a au contraire pour but de nous la faire conserver.
Cet accord ou contrait de tous avec tous comporte deux étapes, le pacte lui-même et sa réalisation. Or, en l’absence d’un pouvoir pouvant obliger les hommes à respecter leur engagement, la défiance réciproque quant à l’exécution du contrat invalide la convention passée.
En tant qu’un engagement contracté suppose deux acteurs libres, conscients, qui se reconnaissent en tant qu’égaux, il ne peut y avoir de contrats qu’entre hommes libres qui s’engagent au sujet de ce qui est en leur pouvoir d’accomplir. L’exécution de l’engagement, en dehors d’un pouvoir civil pouvant forcer au respect de la parole donnée, repose sur la crainte ou l’honneur. En l’absence d’un pouvoir réel, la crainte d’un être invisible peut motiver les contractants au respect, ce qui signifie que le serment devant Dieu peut être considéré, en l’état de nature, comme la seule assurance de voir la convention respectée.

§1. Il existe un droit naturel octroyant à chacun la liberté d’user de ses forces comme il l’entend pour la défense de sa propre vie. Chacun est dans cette mesure l’unique juge des moyens à mettre en œuvre pour sa conservation.
§2. La liberté peut être définie comme l’absence d’obstacles s’opposant à l’exercice de nos facultés naturelles.
§3. Alors que le droit naturel donne à chacun la possibilité de faire ce qu’il juge nécessaire à sa conservation, la loi naturelle consiste en une règle découlant d’un calcul de la raison et visant à proscrire tout ce qui pourrait nuire à la conservation de la vie.
§4. De ce point de vue le droit naturel nous autorise à disposer des moyens propres à notre conservation alors que la loi naturelle limite ce droit afin que ne soit pas abolie la possibilité de la fin recherchée : la survie.
§5. Ainsi le droit naturel nous laissant juge des moyens nécessaires à notre survie conduit à cet état de guerre qui contredit la finalité même du droit de nature qui est la préservation de sa propre vie. Par conséquent, la première loi naturelle qui découle de la raison nous enjoint de chercher un moyen de sortir de cet état où l’existence est sans cesse menacée. Ainsi la raison nous commande de chercher la paix. Néanmoins comme cette recherche de la paix ne peut aller jusqu’à nous exposer au danger de l’agression extérieure, il s’ensuit que là où la paix n’est pas possible, chacun conserve le droit de se protéger par les ressources de la guerre.
§6. Si la raison doit, sous la forme de la loi de nature, nous permettre de mettre en œuvre les moyens nécessaires à la sauvegarde de notre vie, il découle de la première loi nous enjoignant à la paix une seconde loi indiquant le moyen de réaliser cette paix. Il s’agit pour chacun de renoncer à l’exercice de son droit naturel et de limiter sa liberté à la condition que tous les autres restreignent également leur liberté d’user des moyens qu’ils jugent bon à leur conservation. Il s’agit donc d’une règle de réciprocité qui oblige chacun envers tous les autres.
§7. Le renoncement au droit naturel consiste à ne plus empêcher autrui d’affirmer son droit à notre égard. Autrement dit, il ne s’agit pas de transmettre un droit mais de limiter l’exercice de ce droit, c’est-à-dire restreindre volontairement sa liberté.
§8. Il faut distinguer entre renoncer à son droit sans savoir qui en tirera bénéfice et transférer son droit à une ou plusieurs personnes déterminées. Cet abandon du droit nous oblige à ne pas empêcher le ou les personnes en faveur de qui ce droit a été abandonné de l’exercer librement. Respecter l’engagement que nous avons pris de ne plus bénéficier de ce droit devient alors un devoir et le non respect de cet engagement une injustice commise à l’égard de celui au bénéfice de qui le droit a été abandonné. L’injustice consiste en une contradiction entre l’engagement à ne plus user de son droit et le non respect de cet engagement. Le moyen par lequel on s’engage à ne plus user de son droit est une déclaration verbale et/ou une action témoignant du respect de la parole donnée. Ce qui oblige les hommes à respecter cet engagement tient dans la crainte des représailles que celui a qui a été repris injustement ce droit pourrait exercer à notre égard.
§9. Dans la mesure où ce droit est abandonné dans l’espoir d’y gagner un bien pour nous-mêmes, il ne peut être raisonnable d’abandonner le droit de protéger notre vie, étant entendu que le renoncement au droit naturel est justement le moyen de nous préserver. On ne peut donc abandonner le droit de défendre sa vie et son corps lorsque ceux-ci sont menacés.
§10. On peut nommer le transfert mutuel du droit de chacun à user des moyens qu’il juge propre à sa conservation un contrat.
§11. Il faut distinguer entre transférer son droit sur une chose et transférer la chose elle-même, ou entre le pacte et sa réalisation.
§12. On appelle pacte la promesse faite d’accomplir le transfert effectif dans un temps futur.
§13. Un contrat dont la fin est la recherche d’une complaisance est un don ou une grâce.
§14. La promesse faite peut prendre la forme d’une promesse explicitement formulé.
§15. Mais en l’absence d’une promesse énoncée verbalement, d’autres signes peuvent témoigner de la volonté du contractant à remplir son engagement.
§16. Mais la promesse d’un don ne crée en elle-même aucune obligation lorsqu’elle vaut pour le futur. Celui qui donne doit s’engager dans le présent à donner maintenant ou plus tard.
§17. Le contrat relève d’une situation différente. Dans la mesure où l’un des contractants a accompli son engagement, l’autre est tenu de tenir sa promesse qui pour cette raison devient une obligation, ce que l’on nomme une convention.
§18. Celui qui le premier exécute sa part du contrat est dit mériter ce qu’il reçoit en contre partie, et par conséquent l’objet transféré lui est dû.
§19. Dans l’état de nature, en l’absence d’un pouvoir suffisant pour exiger des partis qu’ils honorent la convention qu’ils ont passé ensemble, la défiance qui fait redouter la non exécution du contrat par l’un des deux partis invalide la convention. Seule la crainte de représailles peut forcer les volontés à honorer la convention qu’elles ont établie. En l’absence d’un tel pouvoir chacun demeure juge des moyens propres à sa conservation et peut, par conséquent, légitimement rompre la promesse qu’il a faite d’honorer la convention s’il juge que l’autre partie ne s’exécutera pas.
§20. Dans l’état civil existe une puissance suffisante à contraindre les individus. On ne peut dans ce contexte rompre légitimement une convention en invoquant la crainte de ne la voir pas respectée.
§21. Si la confiance a été suffisante au moment du pacte et si aucun signe nouveau ne vient contredire le témoignage de cette confiance, la convention ne peut être annulée. Seule la peur peut excuser l’invalidation de la convention.
§22. Celui qui transfère un droit transfère les moyens de jouir de ce droit. Par conséquent si je donne à quelqu’un le droit de gouverner, ce que l’on appelle souveraineté, je lui octroie aussi les moyens d’assoir son pouvoir, notamment le droit d’imposition et d’administrer la justice.
§23. On ne peut établir de convention que dans le cadre d’une relation de réciprocité, ce qui suppose que les parties s’entendent et se reconnaissent. Par conséquent, les bêtes brutes sont exclues de la convention.
§24. Il n’est pas non plus possible de passer de convention avec Dieu, si ce n’est avec ses intermédiaires humains.
§25. L’objet d’une convention suppose la liberté et l’adhésion volontaire de celui qui s’y engage et porte sur l’avenir.
§26. On ne peut donc promettre sur ce qu’il ne dépend pas de nous d’accomplir ou qui nous est impossible.
§27. On se libère d’une convention soit en l’exécutant soit en recouvrant notre droit sur la chose.
§28. Je suis tenu d’observer les conventions établies même en l’absence d’un pouvoir civil assurant ma sécurité. Autrement dit, si je passe une convention sous la menace ou la crainte, je suis néanmoins tenu d’honorer cette convention.
§29. Une fois transmis mon droit je ne peux le transmettre à nouveau puisque cela signifierait rompre la première convention ce qui est injuste.
§30. Je ne peux pas m’engager par une convention à ne pas protéger ma personne et ma vie.
§31. Dans la mesure où la fin de la convention est de sauvegarder ma vie, je ne peux m’engager à m’accuser moi-même ou ceux dont la condamnation provoquerait mon malheur. Il est donc légitime de porter un faux témoignage pour protéger sa vie.
§32. La simple promesse verbale ne peut garantir de l’exécution d’une convention. Deux cas peuvent obliger au respect de la convention : la peur des représailles et l’estime de soi ou l’honneur. Concernant la peur, il peut s’agir de la crainte d’êtres invisibles ou la crainte de ceux envers qui la convention n’a pas été respectée. En l’absence d’un pouvoir réel, seul la crainte d’un pouvoir invisible (Dieu) peut obliger les hommes à respecter leur convention. De ce point de vue, en l’état de nature, le recours au serment engageant le contractant envers la divinité doit compléter la promesse faite d’honorer la convention. Au final, seule la peur oblige au respect des conventions.
§33. On ne peut jurer qu’en fonction de notre foi réelle.
§34. Néanmoins, le serment n’ajoute rien à l’obligation car l’obligation est déjà contenue dans la convention.












Ch. 15. Des autres lois de nature

Dans la mesure où la loi naturelle nous donne les moyens de quitter l’état de naturel et dans la mesure où la condition de cette sortie est l’établissement d’une convention, il s’ensuit que la loi de nature oblige à respecter les conventions. Cette troisième loi de nature est dite loi de justice car ce n’est qu’avec elle que la convention peut prendre effet et qu’une autorité peut être mise en place qui définit le juste et l’injuste.
Cependant, seule l’instauration d’un pouvoir civil permet d’obliger au respect des conventions. Cette loi de justice ne vaut donc que moralement dans l’état de nature et peut être ajournée sans injustice si la crainte du non respect de la convention par autrui l’emporte.
Mais il est cependant contraire à la raison de rompre la convention qui doit nous permettre de sauvegarder nos vies. Le respect de cette convention en l’absence d’un pouvoir effectif repose donc sur la morale et le sentiment du devoir. Mais rompre la convention au nom de la moralité ou de la religion est contraire à la raison.
Les autres lois de nature énoncent les conditions favorables à l’entretient de relations pacifiques entre les hommes : gratitude, bienveillance, mansuétude, clémence, respect, modestie, équité, impartialité.
Mais toutes les lois naturelles peuvent se ramener au simple commandement : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse. » Il s’agit finalement d’une règle de réciprocité.
Mais dans l’état de nature, ces règles ne valent que dans l’intériorité de la conscience et sont des règles morales qui exigent la conformité de l’intention. Ces règles sont en même temps universelles et identiques en chacun malgré la diversité des caractères. En effet, même si chacun juge du Bien et du Mal à partir de ses propres inclinations, les lois naturelles, en tant que moyens d’atteindre à la conservation de la vie, sont les mêmes pour tous.
Néanmoins, il pourrait sembler abusif d’appeler ces règles des lois dans la mesure où la loi suppose une autorité législatrice. Mais dans la mesure où Dieu, comme créateur de notre être, nous enjoint à garantir notre conservation, ces lois peuvent être dites lois divines.

§1. La condition pour sortir de l’état de guerre est d’honorer la convention qui nous en indique le moyen. Pour cette raison la loi naturelle nous enjoint à respecter les conventions.
§2. Cette loi peut être appelée loi de justice dans la mesure où elle est la condition pour que puisse s’ériger un pouvoir énonçant le juste et l’injuste, le licite et le défendu. Respecter cette convention est donc une sorte de devoir moral car la convention porte justement sur le transfert du droit qui conduit à la mise en place d’une instance légale.
§3. Cependant nous avons vu que la crainte du non-respect de la convention par l’autre parti invalide la convention. Rompre la convention dans l’état de nature ne peut donc être dit injuste. La condition pour que l’injustice puisse être commise est l’existence d’un pouvoir ayant les moyens de contraindre au respect de la convention. Il n’y a donc de justice possible qu’avec l’instauration d’un Etat. Il s’ensuit de même que la propriété, en tant que possession légitime reconnue, ne peut exister en l’absence d’un tel pouvoir. Nous sommes face à une sorte de paradoxe : la justice exige de se conformer aux conventions passées, mais seul un pouvoir souverain peut faire respecter la convention. Or pour que cet Etat vienne à exister, il faut que la convention soit respectée.
§4. Un raisonnement vicieux énonce qu’il n’existe pas de juste et d’injuste, seule comptant le bénéfice qu’un individu retire de ses actions, quelles qu’elles soient.
§5. Il n’est pas contraire à la raison d’exécuter un contrat quand on dispose des garanties nous assurant que la parti adverse a honoré ou sera contrainte d’honorer ce contrat. Celui qui ne respecte pas les engagements auxquels il s’est lui-même obligé peut et doit être exclu de la société fondée sur la base de la convention. Or, dans la mesure où cette convention a pour fin la préservation de la vie de chacun, il est contraire à la raison de se laisser ainsi exclure en ne respectant pas les conventions passées.
§6. Le seul moyen de gagner la béatitude céleste est de respecter les conventions.
§7. Il est contraire à la raison d’acquérir la souveraineté par la rébellion car cela peut être accompli par d’autres qui en ce cas menaceront nos vies. Respecter les conventions est donc un moyen pour nous de conserver nos vies et apparaît donc comme une loi naturelle.
§8. Violer sa foi sous prétexte de s’assurer la béatitude après la mort n’est pas légitime. Car entrevoir le destin d’après la vie dépasse les forces naturelles de la raison et repose donc uniquement sur la croyance et l’autorité de ceux qui se prétendent prophètes.
§9. Il est aussi contraire à la raison de ne pas respecter une convention passée avec une personne que l’on juge vicieuse ou hérétique. Dans la mesure où ce défaut n’a pas empêché de passer la convention, il ne doit pas empêcher de l’honorer.
§10. Ce n’est pas la même chose que dire d’une personne qu’elle est juste ou de parler d’une action juste. Une personne juste est une personne qui se conforme dans son comportement à la raison. Attribuée aux actions, la notion de justice concerne la conformité à la raison non des manières de vivre mais des actions particulières. La justice dans le comportement s’appelle vertu.
§11. On ne dit pas de quelqu’un qu’il est juste parce qu’une de ses actions l’est, mais seulement qu’elle est non coupable. S’ils commettent une action injuste, ils sont coupables.
§12. L’injustice du comportement est l’aptitude à causer un dommage. Mais l’injustice d’une action suppose que quelqu’un ait été effectivement lésé.
§13. Tout ce qui peut être fait à quelqu’un avec son consentement ne peut être un préjudice qu’il est passé une convention ou non avec cette personne. Il y a préjudice en cas de rupture de convention. Or dans le premier cas il n’y a pas eu de convention, dans l’autre cas la convention exige que je n’oppose pas mon droit à celui que j’ai autorisé.
§14. La distinction entre justice distributive et commutative n’a pas de sens dans la mesure où la valeur d’une chose échangée repose sur la volonté des contractants. S’ils veulent mettre en place un contrat égalitaire cela leur appartient au titre d’une grâce qu’ils accordent.
§15. La justice distributive est celle d’un arbitre qui seul peut décider du juste et de l’injuste. C’est une loi de nature qui l’oblige à distribuer à chacun en fonction de ses mérites proportionnels.
§16. Quatrième loi de nature : celui qui reçoit un don doit témoigner de la gratitude car celui qui donne agit en cela en vue de son propre bien.
§17. Cinquième loi de nature : règle de bienveillance ; que chacun tâche d’entretenir des relations de sociabilité.
§18. Sixième loi de nature : s’étant prévenu des dangers à venir, il convient de pardonner les offenses commises dans le passé et qui font l’objet de regrets sincères de la part de ceux qui en sont les auteurs.
§19. 7e loi de nature : le but de la vengeance ne doit pas être la cruauté sans bornes exercée au sujet de choses passées mais doit concerner l’avenir et la prise en compte des conditions de paix.
§20. 8e loi de nature : il ne faut pas employer d’insultes car celles-ci entretiennent un climat de haine et de défiance.
§21. 9e loi de nature : dans l’état de nature tous sont égaux, l’inégalité n’intervenant que dans l’état civil. Il n’existe pas d’esclave par nature mais seulement par convention. Celui qui ne reconnaît pas l’égalité naturelle des hommes témoignent de son orgueil.
§22. 10e loi de nature : personne ne doit exiger plus de droit que les autres ou se trouver insatisfait de voir les autres partager les mêmes droits que lui. Ceux qui acceptent leur lot à égalité avec les autres sont des modestes, ceux qui veulent s’arroger plus que les autres des arrogants.
§23. 11e loi de nature : celui qui a la charge d’arbitrer entre des parties adverses doit le faire dans un souci d’égalité et d’équité. La partialité des juges pousse les hommes à se faire justice eux-mêmes et conduit donc à l’état de guerre.
§24. Cette loi constitue le principe de la justice distributive et de l’équité.
§25. 12e loi : les choses qui ne peuvent être partagées doivent faire l’objet d’un usage commun, les autres doivent être réparties avec équité.
§26. 13e loi : dans le cas des objets ne pouvant être divisées et ne relevant pas d’un usage en commun, le sort doit décider de l’attribution de la chose.
§27. Il faut distinguer entre le sort arbitraire, lorsque les concurrents s’entendent sur le moyen de le déterminer ; et un sort naturel reposant sur la primauté de naissance ou d’occupation.
§28. Des choses qui ne peuvent être divisées et dont on ne peut jouir en commun, la jouissance en revient au premier possesseur ou au premier né.
§29. 15e loi : ceux qui interviennent à titre d’arbitres d’un conflit doivent bénéficier d’une entière sécurité et immunité.
§30. 16e loi : dans un litige, concernant l’appréciation d’un fait accompli ou d’un droit invoqué, les différents partis doivent se soumettre à l’autorité d’un arbitre neutre.
§31. 17e loi : nul ne peut être arbitre en sa propre cause.
§32. 18e loi : nul n’est tenu de faire confiance à un juge corrompu.
§33. 19e loi : en cas de litige, l’arbitre doit faire intervenir des témoins pour déterminer la réalité des faits.
§34. Ainsi sont indiquées les lois de nature fondamentales à la paix comme moyen pour les hommes de conserver leur vie.
§35. Ces lois de nature peuvent se ramener à une simple règle fondamentale de réciprocité : ce que je ne veux pas que l’on me fasse, je ne dois pas non plus le faire à l’égard des autres.
§36. Les lois de nature ne valent que dans l’intériorité de la conscience, elles n’ont de réalité que morale. Autrement dit rien ne contraint à les mettre en pratique dans les faits.
§37. Dans la mesure où il s’agit de règles morales, l’action ne doit pas seulement leur être conforme mais l’intention aussi.
§38. Ces lois de nature, en tant que moyen nécessaire à la préservation de la paix et donc de la vie des individus, valent en tout temps et en tout lieux.
§39. Ces règles sont faciles à suivre dans la mesure où elles ne demandent qu’un effort de la volonté pour ne pas exiger plus que ce que les autres peuvent légitimement exiger.
§40. La connaissance de ces lois constitue la philosophie morale, au sens de la science du bon et du mauvais dans les actions humaines accomplies en commun. Or l’appréciation du bien et du mal varie d’un individu à l’autre. Mais dans la mesure où tous les hommes dans l’état de nature désirent la même chose, c’est-à-dire la conservation de leur vie et de leur personne, ces lois sont identiquement reconnues par tous en tant que moyen d’atteindre cette fin. Chacun peut donc reconnaître ces lois de nature comme des vertus morales.
§41. On appelle généralement lois l’objet d’un commandement énoncé par celui qui possède l’autorité. Or dans la mesure où ces lois ne sont que des conclusions de raisonnement visant la conservation de la vie, on ne peut réellement les appeler loi. Néanmoins, si l’on considère que Dieu, en tant qu’auteur de nos êtres et nous ayant destiné à mettre en œuvre les moyens nécessaires à notre conservation, nous commande d’observer ces règles comme moyen de réaliser la fin qu’il nous commande, alors on peut appeler ces règles des lois. Ainsi les lois naturelles sont tout aussi bien des lois divines.











Ch. 16. Des personnes, auteurs et choses personnifiées

Pour penser le rapport entre la volonté des individus et celle du pouvoir nous pouvons utiliser la notion de personne.
A l’origine, personne désigne un masque de théâtre et en est venu à dénoter, dans le cadre juridique, le représentant d’une action ou d’une parole, que ce représentant représente lui-même ou un autre.
Dans le second cas, la personne qui accomplit les actes à la place de celle qu’elle représente est appelée acteur, la personne représentée, auteur des mots ou des actes du représentant.
Par conséquent, les actions qu’accomplit l’acteur valent comme les actions mêmes de l’auteur.
C’est par son représentant que la multitude en vient à former une unité réelle qu’on nomme peuple. Dans ce cas, chacun aussi bien que tout sont auteurs des actions de l’acteur, ce qu’il dit ou fait vaut comme la volonté même de ces individus.
Mais le représentant lui-même peut être un homme (monarchie) ou plusieurs hommes (aristocratie, démocratie).

§1- Une personne est celui à qui peuvent être attribuées des paroles ou des actions qu’il en soit l’auteur ou qu’il représente les mots et les actions d’un autre.
§2- Il faut distinguer :
- Personne naturelle : celle qui prononce ses propres mots
- Personne artificielle : celle qui représente les mots d’un autre
§3. Etymologie du mot personne : (latin) personna = masque de théâtre. Tout représentant légal peut être dit une personne.
§4. Dans le cas d’une personne artificielle, si les mots qu’elle prononce appartiennent à celui qu’elle représente, on dira de la seconde qu’elle est auteur des mots et actions et de la première qu’elle est l’acteur. Ce cas autorise l’acteur à agir. Cette personne a donc le pouvoir qui lui est accordé en vertu du droit qu’on lui donne de représenter l’autre.
§5. Il s’ensuit que les conventions que passe l’acteur engagent l’auteur comme s’il avait lui-même passé la convention.
§6. Il convient de ne pas ignorer le pouvoir dont dispose le représentant avec lequel on passe une convention. On ne peut être obligé par une convention dont on n’est pas l’auteur. Donc si le représentant use d’un pouvoir que lui ai confié en s’en servant contre moi, je dois en subir les conséquences.
§7. L’auteur est responsable des actions qu’il a engagé l’acteur à accomplir.
§8. On n’est pas tenu d’honorer une convention passée avec l’auteur si l’acteur ne dispose pas du pouvoir nécessaire à l’accomplissement de la convention.
§9. On ne peut représenter certaines choses non pas naturellement mais uniquement fictivement = objets inanimés
Mais l’acteur peut disposer du pouvoir sur ces choses s’il y est autorisé par leur propriétaire. Mais comme la propriété réclame l’existence d’un pouvoir, ces choses ne peuvent être personnifiées que dans l’état civil.
§10. Les êtres ne disposant pas de leur raison peuvent être représentés mais ne peuvent être auteur des actions de l’acteur.
§11. Une idole peut être personnifiée sous forme de Dieu mais elle ne peut être auteur. Le pouvoir procède de l’Etat et donc dépend de l’instauration d’un gouvernement civil.
§12. Dieu fut personnifié par Moïse, par Jésus, puis par l’esprit saint.
§13. La multitude ne peut former une unité, c’est-à-dire un peuple, qu’à travers un seul représentant.
§14. Une multitude ne peut pas être un unique auteur, mais il y a une multiplicité d’auteurs de ce que dit et fait le représentant. Chacun et tous en commun sont auteurs des actions accomplies par l’auteur.
§15. Le représentant peut être composé de plusieurs hommes élus à la majorité.
§16. Un représentant ne doit pas être composé d’un nombre pair s’il est composé de plusieurs personnes car dans le cas d’une égalité des voix l’action devient impossible.
§17. Le droit de veto empêche l’action du représentant.
§18. L’acteur peut être de deux sortes :
- Celui qui fait l’action d’un autre
- Celui qui fait l’action d’un autre sous certaines conditions : s’il ne l’accomplit pas en un temps prévu = cautions











Ch. 17. Des causes, de la génération et de la définition de l’Etat

Comment expliquer que les hommes se dessaisissent de leur droit sur toutes choses ?
Seule l’autorité d’un pouvoir réel inspirant la crainte peut limiter l’arbitraire des hommes et les contraindre au respect des lois naturelles.
Pour pouvoir être effectif, ce pouvoir ne doit pas être divisé et ne doit pas, par conséquent, laisser subsister la possibilité d’une remise en cause par les individus.
Comment cependant comprendre que l’homme ne soit pas une espèce naturellement sociable comme les abeilles chez qui n’existe pas de pouvoir supérieur.
Plusieurs raisons peuvent être invoquées : ¨
- Les passions égoïstes des hommes
- L’intérêt privé
- L’orgueil qui conduit au désir de se distinguer
- L’usage rhétorique de la parole qui agite les esprits
- Le désir de s’imposer par rapport aux autres.
Par conséquent, l’union produite entre les hommes ne peut être qu’artificielle, leur nature les poussant à la division et au conflit.
Le seul moyen pour les hommes d’assurer leur sécurité est l’instauration d’un pouvoir supérieur représentant la volonté de chacun de vivre sous un régime légal. Ce pouvoir peut être qualifié de souverain car aucun pouvoir ne peut lui être supérieur.

§1. Ce qui pousse les hommes à limiter leur liberté est le désir de sauvegarder leur vie et les moyens d’atteindre leur satisfaction.
§2. Les lois naturelles qui répriment les penchants égoïstes de l’individu ne peuvent se voir respectées en l’absence d’un pouvoir réel les rendant obligatoires pour tous. Seule la force et la crainte devant cette force peuvent conduire à respecter la convention passée entre les hommes, convention qui les engage à s’assurer de la paix. Il s’ensuit par conséquent, qu’en l’absence d’un pouvoir pouvant obligé les autres au respect de leur convention, je peux recourir à mon droit naturel pour me protéger.
§3. Le nombre ne procure pas la sécurité en lui-même mais seulement s’il dissuade un ennemi potentiel de prendre les devants.
§4. Un groupement d’individus où chacun conserve son libre jugement au sujet des affaires communes se verra nécessairement divisé et impuissant. Si les hommes savaient d’eux-mêmes faire respecter la justice aucun gouvernement n’aurait été nécessaire.
§5. Il ne suffit pas de s’unir autour d’un chef le temps d’une bataille ou d’une guerre car sitôt l’ennemi vaincu, c’est en son sein même que le groupe voit la désunion conduire à nouveau à la division et à l’affrontement.
§6. Il existe des espèces animales que l’on peut qualifier de sociables et qui pourtant n’obéissent pas à un pouvoir supérieur. Pourquoi n’en va-t-il pas de même chez l’homme ?
§7. Les humaines possèdent des passions égoïstes étrangères à ces animaux.
§8. Les humains font passer leur intérêt privé avant l’intérêt public.
§9. Les animaux ne s’opposent pas du fait de la diversité de leur jugement et de l’idée qu’ils se font de leur propre supériorité individuelle.
§10. Les animaux ne possèdent pas l’usage rhétorique de la parole qui peut être employé, chez les hommes, comme un levier pour la sédition.
§11. Une fois atteinte la satisfaction de leurs besoins, les animaux ne recherchent pas plus alors que c’est à ce point que les hommes estiment pouvoir user du pouvoir à leur avantage.
§12. Les animaux sont naturellement portés à l’union alors que les hommes ne peuvent réaliser d’union qu’artificiellement, en supposant l’engagement réciproque de chacun. Mais cet engagement suppose un pouvoir réel apte à le faire respecter.
§13. Le seul moyen pour les hommes de se garantir une existence paisible et sûre est de confier leur force et leur pouvoir à un homme ou une assemblée unie reconnu comme acteur de la volonté de tous. Par là chacun est amené à reconnaître les décisions et les actions de cet homme ou de cette assemblée comme les siennes propres. L’unité ainsi constituée repose sur l’engagement réciproque de se soumettre à une seule et même autorité. Ainsi seulement la multitude s’unit en un Etat dont le représentant est garant de la paix et de la sécurité de tous. Parce que ce pouvoir est constitué par la somme des puissances individuelles, il dépasse par la force tous les individus et peut alors inspirer assez de crainte pour réfréner le désir de dominations des individus. Ce pouvoir constitue l’essence même de l’Etat entendu comme l’union réalisée à travers la reconnaissance mutuelle d’une autorité dont les actes représentent la volonté de chacun de sauvegarder sa propre vie en échappant aux conséquences de l’état de nature.
§14. On appelle Souverain celui qui dispose de cette puissance, sujet celui qui y est soumis.
§15. Deux moyens permettent de constituer cette puissance : par la force naturelle, lorsqu’un homme possède plus de force que ceux à qui il se confronte ; ou par convention. On parlera dans le premier cas d’un Etat d’acquisition, dans le second d’un Etat d’institution.




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Mr Palacio

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